MORI Soyu CHANOYU

Formation du personnel diplomatique du ministère des Affaires étrangères en poste à l’étranger

Nous avons eu le plaisir d’accueillir au pavillon de thé de la Tokyo Tower une session de formation organisée par le ministère japonais des Affaires étrangères.

Notre espace de thé est également mis à la disposition des administrations publiques et des entreprises pour leurs formations, leurs séminaires et leurs programmes de sensibilisation à la culture japonaise.

Depuis six ans, nous poursuivons une démarche assez simple : rendre l’expérience du thé japonais aussi accessible que possible, sans pour autant la dénaturer ni chercher à plaire à tout prix. Nous accordons une grande importance au choix des objets, en utilisant notamment des œuvres réalisées par des artisans et créateurs contemporains soigneusement sélectionnés, afin que nos invités repartent avec une impression juste et authentique de la culture du thé.

Cette fois-ci, la majorité des participants étaient de nationalité étrangère.

Les personnes qui ont grandi au Japon possèdent, souvent sans même s’en rendre compte, une certaine familiarité avec la culture japonaise. En revanche, lorsqu’une personne qui n’a jamais grandi au Japon commence à s’intéresser à sa culture, il arrive que certaines explications, même données avec la meilleure volonté du monde et au même niveau que pour un Japonais, ne soient tout simplement pas comprises de la même manière.

Prenons par exemple l’expression « tea ceremony ».

Il y a bien longtemps, un certain Okakura Tenshin a choisi de traduire et de présenter le Chadō de cette manière dans un ouvrage. Depuis lors, beaucoup de personnes, notamment à l’étranger, en sont venues à penser que le thé japonais était avant tout une cérémonie ou un rituel.

Et pour quelqu’un qui commence tout juste à s’intéresser à la culture japonaise, la situation est encore plus délicate.

Les informations que l’on trouve sur Internet ou dans les ouvrages généralistes expliquent généralement que la pratique du thé serait arrivée au Japon il y a plusieurs siècles par l’intermédiaire de moines bouddhistes.

À ce moment précis, ce n’est pas forcément la meilleure manière d’introduire le sujet !

Certes, le moine Eisai est traditionnellement considéré comme celui qui rapporta le thé du continent, et cela fait bien partie de l’histoire du thé au Japon.

Mais cela ne signifie pas pour autant que nous préparons le thé devant une statue du Bouddha tout en récitant des sutras.

Il existe naturellement des pratiques où le thé est associé à des rites religieux, mais ce n’est pas ce que l’on apprend dans une école de cérémonie du thé ordinaire.

J’ai ainsi rencontré de nombreuses personnes d’autres confessions qui m’ont dit :

« Je ne peux pas participer à la cérémonie du thé, parce que je suis d’une autre religion. »

J’aurais aimé qu’Okakura Tenshin apporte quelques explications supplémentaires afin d’éviter ce malentendu.

Aujourd’hui, Urasenke recommande d’ailleurs l’expression « Way of Tea », plutôt que de réduire le Chadō à l’idée de « tea ceremony ».

C’est donc souvent par ce genre d’explications que je commence.

Je parle ensuite de la manière de manipuler le fukusa, de la signification du nettoyage et de la purification des ustensiles, et je n’oublie pas d’insérer de temps à autre une petite plaisanterie.

Car rire ne signifie pas manquer de sérieux.

Ce que nous cherchons à transmettre n’est pas un enseignement scolaire où l’on ferait passer un examen pour vérifier les connaissances acquises.

Nous souhaitons plutôt que certaines choses restent dans l’esprit des participants, comme des tiroirs auxquels ils pourront revenir plus tard.

En quelque sorte, c’est une manière d’enseigner sans rien imposer.

Et pour cela, la première chose est de mettre les gens à l’aise.

Avec mes capacités, je ne prétends évidemment pas provoquer des éclats de rire, mais un petit sourire ou un petit rire est un ingrédient essentiel.

Seulement voilà…

Si seulement je pouvais être un peu plus à l’aise et plus fluide dans mes langues étrangères !

C’est probablement mon plus grand regret. Il m’arrive d’en trépigner de frustration.

Mais que voulez-vous… je n’ai jamais vraiment aimé étudier.

Je souhaite enfin exprimer ma profonde gratitude à un haut responsable du ministère des Affaires étrangères qui a profondément changé le cours de ma vie de pratiquant du thé.

Avec le recul, je réalise que les cours que je donne chaque année dans une université du sud de la France ont eux aussi commencé grâce à sa recommandation. Cette année marque déjà la dixième année de ces cours.

Depuis, il m’est arrivé d’être régulièrement invité par le ministère à Tokyo ou par des représentations diplomatiques japonaises à l’étranger, et j’ai souvent pris l’avion avec mon chabako sous le bras.

Mais c’était la première fois que des représentants du ministère venaient jusqu’à mon propre lieu de travail, à la Tokyo Tower, pour participer à une telle activité.

Ce fut pour moi une expérience particulièrement émouvante et un travail dont je garderai un souvenir profond.

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