2018.06.13
Cérémonie du thé à l’occasion de la succession de la 16e génération d’Asahiyaki

Une exposition célébrant la succession de mon très cher ami, M. Yutaka Matsubayashi, 16e génération de l’école Asahiyaki, ainsi qu’une exposition consacrée aux œuvres laissées par son prédécesseur, se tient actuellement au grand magasin Keio de Shinjuku.
Le 11, j’ai eu le très grand honneur d’être chargé d’y assurer le service du thé.
À cette occasion, j’ai également eu le privilège d’être présent lors de la venue de membres de la Famille impériale du Japon. Recevoir un tel honneur fut pour moi une distinction qui dépasse tout ce que je pourrais exprimer.
Lors de la première séance, nous avons également eu l’honneur d’accueillir M. Eishi Kuroda, 18e chef de la famille Kuroda, seigneurs du domaine de Kururi, famille à laquelle les Mori étaient historiquement attachés en qualité de vassaux.
Pour cette première séance, je l’ai accueilli selon la forme du kijin-date, une manière particulièrement formelle de servir le thé à un hôte de haut rang, en prenant pour ainsi dire le rôle de Mori Seidayū, 16e génération de la famille de hauts vassaux du domaine de Kururi.
Je dois avouer que mes mains tremblaient quelque peu en accomplissant le temae.
Bien entendu, cette séance était également ouverte au grand public, et certains visiteurs ont paru quelque peu surpris de découvrir une cérémonie aussi solennelle au milieu d’une séance accessible à tous.
Le bol tenmoku que j’ai utilisé était un bol offert à la famille Mori, vicomtes, en 1945. Par une heureuse coïncidence, il avait été réalisé par Kōsai, 13e génération d’Asahiyaki.
Je crois que le jour où j’ai découvert ce tenmoku dans l’ancien entrepôt de la demeure familiale fut peut-être véritablement le début de ma relation avec la maison Asahiyaki.
À partir de la deuxième séance, j’ai officié sous le nom de Mori Sōyū et ai choisi comme bol principal une œuvre laissée par le regretté 15e génération Hōsai.
Pour les quatorze invités, j’ai eu le plaisir de présenter exclusivement des pièces provenant de ma propre collection d’Asahiyaki.
Ma collection personnelle d’Asahiyaki compte près de 300 œuvres, du moins si l’on se fie aux listes et catalogues.
En temps normal, je pense qu’il serait difficile d’utiliser plus de deux pièces provenant d’un même four lors d’une seule cérémonie.
Je me dis souvent qu’il ne faudrait peut-être pas collectionner les œuvres d’un seul four.
Mais je ne peux tout simplement pas m’en empêcher.
J’aime profondément tout ce qui caractérise l’Asahiyaki : sa texture, la personnalité de son exécution, sa présence discrète et, pour les bols à thé, jusqu’à la forme particulière de leur kōdai, leur pied.
Je suppose que le jour où l’on me dira : « Désormais, nous ne vendrons plus à Mori », sera probablement celui où prendra fin ma vie de pratiquant de la Voie du Thé.
Pour cette raison, les occasions de présenter ma collection hors de chez moi restent forcément limitées, et composer un kaiki à partir de pièces provenant d’un même four représente habituellement un véritable casse-tête.
Cette fois, cependant, j’ai pu réaliser quelque chose que je souhaitais tenter depuis longtemps : une cérémonie entièrement consacrée à l’Asahiyaki.
Et, pour une fois, tout s’est fait avec une étonnante facilité.
Le kaiki était terminé un mois à l’avance et, pendant les semaines qui ont suivi, je me suis amusé à remplacer telle pièce par telle autre, à expérimenter différentes associations et à en savourer chaque possibilité.
Cette fois, je n’ai volontairement utilisé aucune pièce de l’ancien Asahiyaki de l’époque d’Edo.
Tout, depuis les bols à thé et le récipient à eau jusqu’au récipient destiné au feu et aux boîtes à confiseries, provenait des différentes générations d’Asahiyaki, de la 12e génération Shōsai jusqu’à l’actuelle 16e génération Hōsai.
Malgré les pluies torrentielles provoquées par l’approche du typhon, près de 100 personnes sont venues nous rendre visite : des dames qui m’accordent depuis longtemps leur soutien, des maîtres de la même école de thé, des amis du monde du thé, ainsi que d’anciens collègues que je n’avais pas revus depuis longtemps.
Nous avons ainsi accueilli un nombre de visiteurs presque aussi important que lors de nos journées habituelles d’ouverture.
L’exposition de la famille Matsubayashi prendra également fin demain, le 13.
Je tiens à adresser mes remerciements les plus sincères à mes élèves et aux membres de mon école qui m’ont aidé à organiser cette journée, et surtout à la famille Matsubayashi, qui m’a offert cette magnifique occasion.
Et maintenant, la semaine prochaine, direction Londres !





